Dans « Vers la forêt de nuages »…

Une petite voiture s’appelait Max. Sa couleur était noire. Sa marque : Audi. Elle appartenait à Timothée qui avait 40 ans. Un jour, Timothée partit se promener. On ne vous a pas dit qu’il était en fait un agent secret. Il partit en Afrique du nord pour rencontrer un vieux monsieur en panne. Il se transforma en dépanneuse et le ramena chez lui. Il lui donna un peu d’essence et ils repartirent ensemble à la plage. 

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La voix de Franz

En sortant de la voiture, je vois la chaise de Franz sous l’arbre. Sans voir Franz qui doit être dans le coin j’entends déjà sa voix, j’entends distinctement la voix de Franz qui, depuis que je la connais, ne me quitte jamais vraiment. Basse d’abord, presque sourde, je l’entends, elle est là, au milieu des autres voix qu’elle parvient toujours à dominer, la voix de Franz est grave, la voix de Franz est désormais forte, emplissant l’espace sous l’arbre où se trouve la chaise en plastique vide au dossier cassé.

Franz, venu de Madagascar il y a longtemps et resté ici, Franz raconte des morceaux de vie que je parviens difficilement à assembler, Franz a une barbe fournie déjà grise, Franz est petit et se tient voûté, Franz a la visage entièrement ridé et deux yeux ardents qui vous fixent, Franz habite la petite réserve à l’arrière de la cafétéria avec vue sur le parking ombragé par plusieurs arbres, pas loin des courts de tennis, Franz parle dès qu’on le rencontre et raconte de menus faits de sa voix grave et un peu rauque qui s’élève brutalement sous l’effet d’une colère qui ne semble jamais le quitter. La voix de Franz disant à la façon créole ja-mais, première syllabe fortement accentuée puis chute libre, le ton de sa voix, dramatique, énervée, lorsqu’il prononce ce simple mot qui semble contenir tout un univers, ce ja-mais qui semble ponctuer la conversation, rythmer l’existence, ja-mais quoi ? Mot de refus, mot de rejet, la voix pour dire qu’il ne fera ja-mais telle ou telle chose, refus radical, violent, geste de la main qui va avec, geste sec vers le bas, comme un coup de sabre qui voudrait faucher une tige de canne invisible. Main gauche qu’il vient d’ailleurs de se taillader, elle est enveloppée dans d’épais pansements – Franz est donc apparu sous l’arbre, assis sur sa chaise qui ne change jamais de place –, sa main droite tient une bouteille de bière qui, vide, ira rejoindre le tas de cadavres de bouteille juste au pied de la chaise. La voix de Franz raconte comment le couteau que tenait la main droite a dérapé et a profondément coupé le dessus de la main gauche. Main gauche de Franz, une semaine plus tard, déjà guérie, la plaie refermée, la plaie invisible déjà, comment est-ce possible, la voix de Franz pour parler du traitement personnel qu’il s’est imposé pour guérir sa main gauche, sel et poivre, et Franz de mimer le geste de jeter du sel et du poivre sur le dessus de la main tailladée par un coup de couteau, faut pouvoir supporter la douleur, ajoute-t-il.

J’entends la voix de Franz même lorsqu’il n’est pas assis sur sa chaise à l’ombre de son arbre, je suis heureux d’entendre la voix de Franz même lorsqu’il n’est pas là et qu’il traîne à la terrasse de la cafétéria ou sur les courts de tennis, je suis heureux d’entendre sa voix qui impose sa force grave sur les milliers de voix qui m’occupent à longueur de journées et de nuits, la voix de Franz efface même ses milliers de voix quelques instants, il suffit pour cela que je m’approche de la chaise vide sur laquelle je ne me suis jamais assis mais autour de laquelle je tourne, car elle me rappelle une autre chaise, ou plutôt un siège – peut-être s’agit-il d’un trône – photographié il y a de ces années de cela au milieu des ruines d’une ancienne cité grecque en Turquie, oui, je revois devant moi cet espèce de trône qui semble encore occupé par une présence inconnue comme la chaise en plastique au dossier cassé à l’ombre de l’arbre est occupée par la voix de Franz même quand celui-ci n’y est pas assis, j’entends la voix inconnue au-dessus des milliers de voix bavardes, car la voix de Franz ne bavarde jamais mais dit l’essentiel, aujourd’hui encore la mauvaise pêche, car chaque jour ou presque Franz va jusqu’au rivage et sort en mer sur sa petite embarcation, et passe une partie de la journée à pêcher le bichique – c’est la saison de ce minuscule poisson qui se vend cher et dont les gens ici sont friands –, la voix de Franz au retour raconte la mauvaise pêche – et toujours le geste de la main, sec, tranchant, vers le bas, comme pour faucher une tige de canne invisible –, la voix de Franz maudit le présent où les requins sont protégés malgré les agressions de surfeurs qui se multiplient, oui, la voix de Franz habite la cité engloutie des anciens pêcheurs, des pêcheurs disparus en mer ou sur terre, dans les Hauts, s’enivrant à la bière ou au whisky à longueur de journée faute de pouvoir aller en mer, la voix de Franz dit tout cela sur son trône au milieu des ruines du présent, je l’écoute, elle me parcourt, elle est là, la voix de Franz, dans cette chaise vide au dossier cassé, je passe devant elle, ne m’assois pas, la regarde juste, son seigneur absent, sens – le tranchant – de son sabre – de son couteau – m’effleurer – la voix de Franz – comme une lame – invisible –coupant – sectionnant quoi ?

Laurent Margantin


Ce texte a été écrit par Laurent Margantin dans le cadre des vases communicants, ensemble polyphonique initié Tiers Livre et Scriptopolis. Le principe : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre. Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.

Projekcije francuskih dokumentarnih filmova

Centar Andre Malraux vas srdačno poziva na projekcije francuskih dokumentarnih filmova


1. Decembar

20h00

SARAJEVO, NAŠ OTPOR

Režija: Robin Hunzinger

Ovaj film je priča o zajedničkoj avanturi; portret čovjeka koji postoji zahvaljujući njegovom odnosu s drugima. Tog čovjeka nećemo vidjeti, vidjet ćemo šta je uradio. Čut ćemo i vidjeti šta je značilo otići u opkoljeno Sarajevo i donijeti knjige, ploče, filmove. Šta je značilo i šta znači ostati. Šta o tome kažu oni, slavni ili ne, koji su nakon tog ludog i nužnog poteza Francisa Bueba, malo po malo izgradili Centar Andre Malraux i probudili određenu ideju o kulturi među ljudima, svakim danom njihovih života i njihove smrti. Tu, u Sarajevu, u Evropi, jučer i danas.

21h00 « Razgovor o našem angažmanu »

Moderator: Eldin Karić

Učesnici: Peđa Kojović, Enver Hadžiomerspahić, Svetlana Cenić, Almir Čehajić Batko, Alma Mašić

2. Decembar

20h00

NAŠ DRUG TITO

Režija/Scenarijo: Robin Hunzinger, Sabina Subašić

Film će predstaviti : Ahmed Burić, Dino Mustafić

Sabina je rođena u zemlji koja više ne postoji, Jugoslaviji. Njeni drugovi su, kao i ona, vjerovali u san o pravednom društvu. Taj san se pretvorio u apokalipsu. No, svi oni pamte zlatna vremena Titovog doba. Odakle dolazi ta nostalgija? Ko je bio Tito? Da li je predstavljao mnogo više od slavnog predsjednika, mnogo više od historijske ličnosti? Kako se danas sjećamo Tita?

3. Decembar

20h00

TAMO JE BOLJE

Režija: Zouhair Chebbale

Mustapha i Abdelkader imaju 14 godina i žive na suprotnim stranama Mediterana. Mustapha živi u Casablanki, radi sa ujakom u tvornici namještaja i sanja o životu u Francuskoj. Abdelkader je Francuz marokanskog porijekla, živi u predgrađu Strasbourga i sanja o raspustu u Maroku. Uprkos njihovim različitim uslovima života, misao da je « tamo sigurno bolje » ne napušta ova dva mladića.

21h00

ZATVORI OČI

Režija: Robin Hunzinger

« Zatvori oči »je dokumentarni film o tri palestinska grada koji umiru, film o tri različita oblika zatvaranja i gušenja: revolt u Nablusu, ravnodušnost u Hebronu, nestajanje u Kalkiliji. Ovaj film predstavlja zbirku svjedočanstava ljudi izgubljenih u izolaciji koja im je nametnuta.


La mémoire juste /meeting n°9 SAINT-NAZAIRE : projection de « Sarajevo notre résistance » le 18 novembre

PROJECTION de « Sarajevo, notre résistance » de Robin Hunzinger Une coproduction Bix Films, Groupe Galactica, TLSP, Tv Nantes, BHRT

avec le soutien de la région Alsace, de la Procirep, du CNC, de l’Angoa et de la communauté urbaine de Strasbourg

Ce film est le portrait d’un homme. Cet homme on ne le verra pas, on verra ce qu’il a fait. On verra et entendra ce que ce fut d’aller en plein siège de Sarajevo apporter des livres, des disques, des films. Ce que ce fut, et ce que c’est d’y être resté. Ce qu’en disent ceux, célèbres ou pas, qui autour de ce geste fou et nécessaire accompli par Francis Bueb, ont peu à peu construit le Centre André Malraux, et fait vivre une certaine idée de la culture, au milieu des hommes, tous les jours de leur vie, et de leur mort. Là, à Sarajevo, ici, en Europe, hier et maintenant.

avec Francis Bueb, Florence Malraux, Jorge Semprun, Olivier Rolin, Patrick Deville, Alix de Saint-André, Gérard Rondeau, Rémy Ourdan, Jovan Divjak, Ziba Galijasevic, Jean-Marie Laclavetine, Jean-Michel Frodon, Vanessa Glodjo, Nermin Tulic, Minka Muftic…

SARAJEVO, vive clarté : PROJECTION de « Sarajevo, notre résistance » de Robin Hunzinger FORUM DES IMAGES LUNDI 14 NOVEMBRE 2011 – 20H00

le Centre André Malraux salue Jorge Semprun

Jeanne Moreau et Michel Piccoli lisent des textes de Jorge Semprun

PROJECTION de « Sarajevo, notre résistance » de Robin Hunzinger Une coproduction Bix Films, Groupe Galactica, TLSP, Tv Nantes, BHRT

avec le soutien de la région Alsace, de la Procirep, du CNC, de l’Angoa et de la communauté urbaine de Strasbourg

Ce film est le portrait d’un homme. Cet homme on ne le verra pas, on verra ce qu’il a fait. On verra et entendra ce que ce fut d’aller en plein siège de Sarajevo apporter des livres, des disques, des films. Ce que ce fut, et ce que c’est d’y être resté. Ce qu’en disent ceux, célèbres ou pas, qui autour de ce geste fou et nécessaire accompli par Francis Bueb, ont peu à peu construit le Centre André Malraux, et fait vivre une certaine idée de la culture, au milieu des hommes, tous les jours de leur vie, et de leur mort. Là, à Sarajevo, ici, en Europe, hier et maintenant.

avec Francis Bueb, Florence Malraux, Jorge Semprun, Olivier Rolin, Patrick Deville, Alix de Saint-André, Gérard Rondeau, Rémy Ourdan, Jovan Divjak, Ziba Galijasevic, Jean-Marie Laclavetine, Jean-Michel Frodon, Vanessa Glodjo, Nermin Tulic, Minka Muftic…

Rencontre publique avec Jane Birkin, Enki Bilal, Costa Gravas, Patrick Deville, Antoine Gallimard, Olivier Rolin, Gérard Rondeau, Alix de Saint André, Mathias Enard…  animée par Jean-Marie Laclavetine

Tournage à la recherche d’Albert Kahn : fouilles

Premier tournage à Boulogne sur les traces d’Albert Kahn. A chaque fois le personnage se dessine pour très vite s’esquiver. Lu des centaines de lettres, de papiers, de recherches, de documents.

et :

- trouvé par hasard le nom secret de son jardin.

- découvert les vestiges de sa maison et de la société autour du monde.

- filmé les jardiniers sculptant.

- arpenté les différentes scènes des jardins jusqu’à ce que la tête tourne.

Comme le dit Walter Benjamin, celui qui tente d’approcher le passé enseveli, doit faire comme un homme qui fouille. Il ne doit surtout pas craindre de revenir sans cesse à un seul et même état des choses – à le disperser comme on disperse de la terre, à le retourner comme on retourne au royaume de la terre, car les « états des choses » ne sont rien de plus que des couches qui ne livrent qu’après une exploration méticuleuse ce qui justifie ses fouilles.