Robin Hunzinger - La cavale
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“Sarajevo : Notre résistance" , 2011 

jeudi 8 septembre 2011, par Robin Hunzinger

Dans le cadre de la collection "À contre-temps" / Groupegalactica

Documentaire 52’, 2011

Coproduction : Bix films, Groupe Galactica, TéléNantes, TLSP, BHRT (Bosnie Herzégovine)

Participations : CNC, Procirep / Angoa, Région Alsace, Communauté Urbaine de Strasbourg

Ce film est le portrait d’un homme. Cet homme on ne le verra pas, on verra ce qu’il a fait. On verra et entendra ce que ce fut d’aller en plein siège de Sarajevo apporter des livres, des disques, des films. Ce que ce fut, et ce que c’est d’y être resté. Ce qu’en disent ceux, célèbres ou pas, qui autour de ce geste fou et nécessaire accompli par Francis Bueb, ont peu à peu construit le Centre André Malraux, et fait vivre une certaine idée de la culture, au milieu des hommes, tous les jours de leur vie, et de leur mort. Là, à Sarajevo, ici, en Europe, hier et maintenant.

Intentions

Alors étudiant en cinéma à Jussieu, je suis parti avec deux amis à Sarajevo, en février 1993. Je voulais rencontrer Ademir Kenovic qui préparait un film avec le scénariste Abdullah Sidran. C’était la guerre. Je m’interrogeai sur la barbarie, l’engagement et la place de la culture. Je pensais que l’Europe était en train de mourir à Sarajevo.

Mais si Sarajevo était devenue une cité martyre, je découvris qu’elle incarnait également le symbole de la résistance culturelle à la guerre, grâce à ses propres ressources créatives et intellectuelles. Les habitants réagirent à la désorganisation de leur vie quotidienne en organisant des pièces de théâtre, des expositions d’art, des concerts, en écrivant des livres et des poésies. J’ai découvert à Sarajevo une ville où l’on jouait « Hair » au Kamerni teatar pendant les bombardements.


En revenant pour la première fois dans la ville en 2009, je suis passé devant le marché Markale ou deux bombes sont tombées pendant la guerre. J’ai fermé les yeux et j’ai revu les images de Senad, le présentateur de la télévision, qui pleure. Aujourd’hui les marchants de légumes sont à nouveau là.

Je me suis alors interrogé sur mon propre engagement, mes films. J’ai fini par aller au centre culturel André Malraux. J’ai rencontré Francis Bueb, un Alsacien comme moi, plus âgé que moi, que j’ai toujours suivi de loin, à travers ses publications autrefois aux éditions strasbourgeoises La Nuée Bleue, puis par la création de sa librairie française à Sarajevo avant qu’elle ne devienne ce centre.

Comme Jean-Michel Frodon, je me suis toujours posé ces questions : « Pourquoi être allé à Sarajevo en pleine guerre, au risque de se faire tuer ? Pourquoi y avoir ouvert un lieu de rencontres entre les habitants de la ville quand les circonstances les contraignaient à se cacher, à s’isoler ? Un lieu, aussi, de rencontres entre eux et des œuvres du monde entier, quand le siège visait à les couper du monde, à les déshumaniser autant qu’à les affamer ? Pourquoi avoir donné le nom d’André Malraux, artiste et homme politique dont le nom évoque les Comités antifascistes, les Brigades internationales et la Résistance ? Faut-il vraiment répondre à ces questions-là ? Qui ose les poser ? […] Le Centre André Malraux, c’est un lieu de recherche, un lieu d’échange, un lieu de contradiction. Pas seulement un espace où des adolescents découvrent Flaubert, Echenoz, Bilal, Resnais, Garrel. Pas seulement où l’enseignement du français à l’étranger n’est pas une procédure bureaucratique mais une dynamique désirée. Pas seulement l’outil qui a permis à Jean-Luc Godard ou à Chris Marker de faire quelques uns de leurs plus beaux films, pas seulement le moteur de festivals du livre sans équivalents, pas seulement même un espace de transmission d’une vision du monde dont la France et ceux qui parlent en son nom revendiquent toujours d’être l’incarnation. Un lieu pour mieux travailler, où que nous soyons – le plus souvent, loin de Sarajevo. La moindre défaillance peut tuer ce que fabriquent Bueb et les siens, mais c’est nous qui avons besoin d’eux. »

Qu’as tu vu dans cette ville, qu’as tu compris ? Qu’elle est ton idée de la France ? Penses-tu qu’il y est des bons, des mauvais ? Crois-tu encore en l’homme ? Ne crois-tu pas que, sans dogme, sans idéologie, l’homme ne sait plus qui il est ?

Faire un film qui résiste et qui interroge la résistance morale et physique à la barbarie. Interroger l’art, la guerre, la révolte, la persévérance.

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