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“La Bête des Vosges : Autopsie d’une rumeur " 2008 

mercredi 8 octobre 2008, par Robin Hunzinger

53 minutes, HDCAM. 16/9, stéreo, 2008.

Coproduction : BIX FILMS /REAL PRODUCTIONS / INA/ FRANCE 3

Rencontres internationales du Fait divers de Guéret, France, 2009

Festival Caméra des Champs, France, 2009

Doc’Ouest, France, 2009.}

Dans les Vosges, en 1977, une bête non identifiée s’attaque aux troupeaux et les massacre. Les médias d’alors l’appellent : La Bête des Vosges. Pourquoi et comment un fait-divers banal est-il devenu un incroyable conte moderne ? Pour le comprendre, le narrateur organise sa traque à lui, une sorte de battue avec de multiples moyens, les siens : filmiques.

Vue de nuit. Une voiture file sur une petite route de campagne. Une voix : Mardi, 29 mars 1977, Michel Laurent et son épouse rentrent chez eux à Hadigny-les-Verrières. Il fait presque nuit. Juste avant le bois de La Viangoulle, Michel aperçoit un animal couché dans la prairie et dont le regard soudain luit dans a lumière de ses phares. D’instinct, il ralentit. Chevreuil ? Cerf ? Renard ? « La Bête » ? Dérange, l’animal s’enfuit.

Dans le Massif Vosgien, on se souvient de cette « Bête » qui sévit une première fois en 1977 : Poulaillers attaqués, chevaux blessés, moutons égorgés L’œuvre d’un loup ? D’un renard ? D’un hybride ? Mystère jamais résolu, car personne n’a eu le temps de la voir vraiment. : ni les chasseurs, ni les gendarmes, ni les militaires. Cette étrange histoire fit beaucoup parler d’elle. Les gens et les médias imaginèrent alors un étrange animal, lui donnant corps et nom : « La Bête des Vosges » qui aussi soudainement qu’elle avait surgi, disparu.
Puis en 1994, presque vingt ans plus tard, celle qu’on avait nommée la Bête des Vosges revint sous l’apparence plus définie d’un loup : « Le loup des Vosges ». Moins discret, il fut filmé par un amateur. Aussi sanguinaire, il massacra brebis et pouliches. Aussi rusé, il resta hors d’atteinte. Il décima encore trois cents animaux domestiques. D’immenses battues, organisées par les chasseurs et les gendarmes, ne permirent pas de le capturer. Il se volatilisa, du jour au lendemain.

En 2007, quelqu’un, le narrateur, revient sur les lieux de cet ancien fait-divers, devenu presque une légende moderne, et qu’on avait alors appelé « La Bête des Vosges ».

Il parcourt la région à la recherche de traces. Non pas des traces de la Bête elle-même, mais de celles qu’elle a laissées dans les mémoires des gens.

Et c’est ainsi, qu’au cours de son enquête, le narrateur est mené à s’interroger sur la transformation d’un fait-divers banal en grand fait-divers de société. Ce qui n’est pas nouveau. De nombreuses légendes contemporaines sont nées de l’amplification de petits faits réels.

Comment cette transformation a-t-elle eu lieu dans le cas de La Bête des Vosges ?

Pour mettre en scène cette enquête spéciale, le réalisateur va utiliser différents procédés filmiques.

D’abord, revenir sur les lieux : un biotope de plis et de replis, de villages perdus et de forêts interminables.

Puis rencontrer les témoins encore vivants. Aujourd’hui dans les cafés, les chasseurs et les agriculteurs ne parlent plus d’elle, mais ils se souviennent des battues entreprises, des pièges inventés pour la prendre, de cette louve sortie d’un zoo et introduite dans le paysage pour la séduire. Ils se souviennent surtout de mille autres faits, préoccupations, fantasmes, qui se sont greffés à l’histoire de cette Bête, l’hybridant dans leur mémoire, et la transformant encore davantage en quelque chose de fabuleux.

Ensuite, utiliser les archives TV, radio, et celles de la presse d’alors.

Jouer avec les langages filmiques.

L’enquête, à travers ces procédés, est menée comme un polar. Un polar où il s’agit moins de résoudre l’énigme que fut La Bête des Vosges, que de montrer la distorsion fabuleuse qu’il y a entre la mémoire des gens et les faits initiaux, et entre ces mêmes faits et leur traitement par les médias.

Il s’agit ici de réaliser le polar d’une fable.

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