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La cavale
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Robin Hunzinger explore le paysage intime du pays welche (DNA)

Le cinéaste des archives se plonge dans la mémoire des boucles argentées. Robin Hunzinger pose cet été sa caméra dans les Ehpad d’Orbey et Lapoutroie. Une résidence participative qui doucement remonte le temps et les pentes abruptes du pays welche.

Rosa, 103 ans, bien installée dans sa chambre et les yeux rivés, via sa fenêtre, sur la verdure environnante chante soudainement Tante Élisabeth ! de Rodolphe Burger. Un écho tout trouvé pour cet hommage au patrimoine welche cosigné avec Olivier Cadiot et un moment suspendu qu’a su saisir Robin Hunzinger. Preuve d’une confiance gagnée auprès des pensionnaires des résidences médicalisées du canton vert à Orbey et Lapoutroie.

Deux sites où le réalisateur alsacien a pris ses quartiers d’été. Il y anime depuis début juillet des ateliers et rencontres. Avec ou sans caméra, c’est selon. Mais toujours animé d’une farouche curiosité. Avec l’œil vif et l’oreille tendue pour éplucher les albums photos, collecter les souvenirs de guerre, d’échappées en forêt, de labeur dans les pâturages ou d’ouvriers bien avant l’heure, quand on démarre le travail à l’usine dès « 13 ans et demi ».

L’intime douloureux ou joyeux

Les langues se délient jusqu’à l’intime douloureux comme joyeux. Robin Hunzinger filme par moments avec en tête ces images de l’INA datant de 1964 à 1997. On y voit Orbey, Lapoutroie, Fréland, le Bonhomme ou Labaroche. Et on y entend bien sûr le patois. Il a compilé et diffusé le tout, en juin , pour les 100 ans du cinéma Le Cercle à Orbey. Une façon de se mettre dans le bain avant de balayer pendant tout l’été ce « paysage mental » du terroir, cette « échobiographie collective » d’un lieu.

La région ne lui est pas étrangère, loin de là. « J’y vis et j’y ai grandi », rappelle-t-il du haut de cette ferme familiale dans le lieu-dit Bambois surplombant Lapoutroie et où il a – après quelques détours – à nouveau élu domicile. Et un parfait endroit pour se ressourcer entre deux plongées dans la vallée au milieu de ces boucles argentées et leurs animatrices plus que partie prenante dans la résidence. « J’envisage de les associer au montage final de cet objet », précise Robin Hunzinger. Le film, en co construction, pourrait ensuite être projeté au cinéma d’Orbey.
Ces résidences estivales de 2 mois en lien avec le monde médico-social s’inscrivent dans le dispositif Transat.

Alsace : les Ateliers Médicis, « un toit pour les artistes de toutes les périphéries »

La résidence de Robin Hunzinger s’inscrit dans le cadre du projet Transat défendu par les Ateliers Médicis, sorte de pendant périphérique à la Villa Médicis. Ces Ateliers Médicis sont nés d’une volonté politique de monter un lieu de création et de partage au lendemain des émeutes de 2005 qui ont secoué les banlieues françaises après la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois. Un site éphémère a ainsi vu le jour à la lisière de Clichy-Montfermeil.

« C’est un toit pour les artistes de toutes les périphéries : banlieue, ruralité et autres marges de la société. Et qui laissera place en 2027 à un tout nouveau bâtiment pérenne et dédié », rappelle Leïlah Gruas, en charge de Transat. Ce dispositif s’inscrit dans la lignée de Création en cours, associant établissements scolaires en zones prioritaires et artistes émergents pour encourager la cocréation. « Transat, précise Leilah Gruas, a vu le jour après le Covid pour relancer l’activité des artistes. » Ces résidences estivales priorisent l’univers sanitaire et social pour y faire intervenir des artistes sans exigence de production « mais avec une intention ». Transat, avec l’appui du ministère de la Culture, coordonne cet été 20 résidences de 2 mois avec des aides allant de 7 000 à 10 000 euros pour encourager ces rencontres créatrices.

David Geiss

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