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La cavale
Presse

[Critique] Tombeau de glace, le documentaire de Robin Hunzinger sur la fin tragique d’une expédition (DNA)

Dans la lignée de son travail au long cours sur les archives, Robin Hunzinger revisite avec « Tombeau de glace » les photographies d’une tragique expédition, à la fin du XIXe siècle, vers le pôle Nord. Un documentaire qui résonne avec les élans conquérants qui, aujourd’hui encore, fragilisent le vivant.

Le 11 juillet 1897, l’expédition Andrée quitte l’île de Spitzberg dans un ballon à hydrogène et met le cap sur le pôle Nord. Ses trois occupants s’envolent « la fleur au fusil », observe Robin Hunzinger. Avec, à bord, soif de découverte oblige… du champagne. Ainsi que du matériel photographique, et de survie aussi, mais qui ne suffira pas à sauver ces explorateurs insouciants dont on perd la trace pendant 33 ans. Jusqu’à ce que, le 6 août 1930, un navire chasseur de phoques découvre des rouleaux de pellicules soigneusement préservés.

À croire que les colons du grand froid n’avaient qu’une seule idée : laisser une trace. Marquer son temps sans souci de l’humain. Un peu comme ces appétits égocentrés et hégémoniques qui secouent aujourd’hui le Groenland voisin. Que ce soit sur le plan géopolitique ou touristique quand certaines croisières s’amusent aux frais de la faune et de la flore locale.

Le réalisateur alsacien a eu vent de cette expédition pendant le confinement. Il cède ensuite à l’appel artistique du grand large « pour aller sur les lieux et toucher tout cela », consulte « le gisement d’images » de l’expédition Andrée et rejoint à l’été 2024 le Spitzberg avec la banquise comme ligne d’horizon. Il goûte à cette impression d’« être seul au monde » mais en raison des intempéries ne pousse guère plus loin. Nourri de lectures dédiées et conjuguant tout cela, le Colmarien élabore ainsi son « Tombeau de glace ». Le riche fonds de photos fait fondation et la musique du Norvégien Bendik Giske, « croisé à Berlin », assure le ciment.

Pour le reste, Robin Hunzinger, s’il dénonce « une démarche colonisatrice », se refuse néanmoins à tout jugement. Tout juste espère-t-il, avec ce film, « réinterroger le rapport au vivant ». Mission réussie quand ses « images du paysage blessé aujourd’hui » s’entrechoquent avec l’ « avant, quand tout était blanc ».

David Geiss

https://www.dna.fr/culture-loisirs/2026/02/05/tombeau-de-glace-le-documentaire-de-robin-hunzinger-sur-la-fin-tragique-d-une-expedition

Tombeau de glace coproduit par la société strasbourgeoise Seppia sera diffusé ce vendredi 6 février, 20h, à l’Espace Lézard de Colmar ainsi que le jeudi 19 février à 19h30 au cinéma Star à Strasbourg. Deux séances qui seront accompagnées d’échanges avec le réalisateur. Le film dans une version raccourcie (actuellement diffusée sur arte.tv) sera à l’antenne d’Arte, le 3 mars en seconde partie de soirée.

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