[PRESSE] Le documentariste Robin Hunzinger sur les pas de la résistance culturelle en Ukraine (DNA)

« Les Armes de l’esprit », le nouveau projet documentaire du cinéaste Robin Hunzinger, suivra l’engagement de deux intellectuels ukrainiens déterminés à maintenir vivante l’âme d’un peuple sous les bombes, Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko. La culture, la pensée, face à la guerre.
Dans sa maison sur les hauteurs d’Orbey, à Bambois, où il vient se ressourcer entre deux tournages, le cinéaste documentariste Robin Hunzinger prépare ses bagages : une unité de tournage ultra-compacte, une mixette… « En zone de guerre il faut voyager léger. » Dans quelques jours, le 27 octobre, le fils de l’écrivaine Claudie Hunzinger part en Ukraine pour filmer deux intellectuels ukrainiens qui se battent avec leurs armes : la culture et l’esprit.
« On s’est rencontrés cet été aux Rencontres de la photographie à Arles. Tetyana Ogarkova, professeure de littérature comparée devenue journaliste de guerre, portait la voix de son pays blessé avec une intensité lumineuse. Son mari, le philosophe Volodymyr Yermolenko, président du Pen Club Ukraine, racontait leur voyage littéraire au cœur des ruines. Leur énergie m’a bouleversé. Ça m’a rappelé ce que j’avais vécu en 1993 à Sarajevo, où j’étais parti avec le convoi Alsace Sarajevo quand j’étais étudiant en cinéma. J’y ai découvert à quel point, face aux armes et aux snipers, la culture est un moyen de tenir debout. »
Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko résistent à la guerre par la culture. Photo DR
Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko résistent à la guerre par la culture. Photo DR
La soirée d’été se prolonge en dehors de la scène et Robin écoute leur histoire qui a basculé le 24 février 2022. Dans ce pays où 800 bibliothèques et 200 musées ont été détruits, Tetyana et Volodymyr luttent contre l’effacement de leur culture. Il y a ce minibus marqué de l’inscription « Write to exist - Ecrire pour exister » à bord duquel ils sillonnent l’Ukraine pour apporter des livres dans les bibliothèques en ruines de Kherson, Kharkiv ou Trostianets, les soirées poétiques clandestines dans les caves, les lectures devant des immeubles criblés de balles...
« J’avais un créneau, c’était l’occasion ou jamais »
Très vite, chez Robin, naît l’envie de faire un film, de les suivre dans leur quotidien, leur action mais aussi leur intimité avec leurs trois filles à Kiev. « Entre deux projets en cours, j’avais un créneau de trois mois devant moi, c’était l’occasion ou jamais. Je voulais raconter leur pensée, leur philosophie de la résistance en temps de guerre. Comment résister par la beauté, avec les armes de l’esprit. La pensée c’est qu’il y a de plus subversif. Ça renvoie à plein de choses ici, il n’y a qu’à voir ce qui se passe aux Etats-Unis avec les néoconservateurs, les livres censurés, réécrits ».
Un premier voyage dans une dizaine de jours
Un premier tournage en Ukraine aura lieu dans une dizaine de jours. « J’en imagine quatre au total. Le premier va me servir à rapporter des images, pour pouvoir présenter un teaser aux financeurs potentiels. » Car l’argent reste le nerf de la guerre pour faire des films. « Il faut financer le tournage, et après en gagner ! », rappelle le cinéaste, qui a lancé une collecte sur Ulule pour que le film puisse voir le jour. Entre les voyages, l’hébergement, les assurances indispensables pour filmer dans des zones à risque, le matériel, le coût est estimé à 17 000 euros. « Après, j’espère pouvoir vendre le film à la télévision et le faire vivre dans des festivals. » Bonne nouvelle, postée sur ses réseaux il y a deux jours : le film a trouvé un producteur. « Les Armes de l’esprit sera produit par Fabienne Servan-Schreiber et Cinétévé. » La campagne Ulule, elle, continue.
Nathalie Jousse-Niang




